LA POLLUTION EN INDE, LE TRISTE EXEMPLE DE NEW DELHI

Depuis le mardi 7 novembre 2017, la ville de New Delhi, en Inde, vit dans un épais nuage de pollution toxique. Le taux de particules fines dans la capitale indienne atteint des niveaux plus qu’inquiétant.


Un constat alarmant depuis plusieures années

La capitale indienne a été classée en 2016, par l'OMS, comme la 11ème ville la plus polluée du monde. Quatre autres villes du pays étaient encore plus polluées, mais New Delhi est la plus peuplée avec environ 17 millions d'habitants et plus de 9 millions de véhicules. Les gaz d'échappement de ces véhicules représentent 20% de la concentration en particules fines de la ville. Mais la première source de cette pollution est la poussière, venue du désert du Rajasthan voisin ainsi que des très nombreux chantiers de construction.

Depuis plusieurs années, les projecteurs sont braqués sur la capitale indienne: les juges de la Haute Cour de New Delhi ont estimé en 2015 que la ville s'était transformée en «chambre à gaz». Depuis deux ans, la plus haute cour du pays a obligé les camions qui passent dans New Delhi à payer une importante taxe pour les inciter à contourner la ville. Et elle a également suspendu, pendant un moment, l'enregistrement des grosses cylindrées.

La Cour suprême a également constitué un comité sur la pollution, composé de fonctionnaires régionaux et de membres d'ONG environnementales, qui a établi le nouveau plan d'urgence anti-pollution.


Pollution à New Delhi

Chaque année, à la même période, la chute des températures et l’arrivée du brouillard engendrent une forte pollution composée de poussières et de gaz d’échappement. Mais cette fois, le nuage toxique est beaucoup plus dangereux que les années précédentes. Respirer l’air actuel de New Delhi revient à fumer 44 cigarettes par jour.

Les niveaux battent tous les records, la concentration en particules fines a dépassé les 1000 microns/m3, soit 40 fois le niveau recommandé par l’OMS (l’Organisation Mondiale de la Santé). A Paris par exemple, le niveau d’alerte est déclenché à partir de 80 microns.

Les plaintes des Delhiites ne font qu’augmentées et mentionnent des irritations aux yeux et à la gorge, alors que les docteurs prédisent de nombreuses bronchites, de l’asthme, des cancers du poumon et de nombreuses maladies cardiaques.

Mais cette pollution fait également ressortir des inégalités dans le pays. Les élites indiennes et les expatriés ont les moyens de s’acheter des purificateurs d’air, des masques efficaces et essaient même de fuir la capitale. Pour les autres, la vie continue et l’exposition à la pollution toxique est quotidienne. Dans les rues, les conducteurs de deux-roues se nouent un mouchoir autour du visage et les femmes se cachent sous leur dupatta, l’étole traditionnelle.

Aujourd’hui, les experts se sont mis d’accord sur les causes de cette pollution. Ils accusent les feux saisonniers du chaume dans les états voisins, les poussières des chantiers, la combustion des déchets, les feux à ciel ouvert et la circulation automobile impressionnante.


Des mesures exceptionnelles

Face à une telle pollution, les autorités ont dû mettre rapidement en place des actions pour protéger la population.

Pour la première fois, les chantiers de la ville ont été fermés, les camions sont interdits de traverser la capitale et les prix des parkings ont été multipliés par quatre pour inciter les habitants à délaisser leurs voitures. Les 4 000 écoles publiques ont été fermées jusqu’au lundi 13 novembre.

Pour lutter contre le nuage toxique, les autorités indiennes ont annoncé vendredi 10 novembre, qu'elles prévoient de pulvériser de l'eau sur la capitale. « La pulvérisation d'eau est le seul moyen de réduire ces dangereux niveaux de pollution », a déclaré Shruti Bhardwaj, une responsable de l'environnement chargée de la surveillance de la qualité de l'air.

La mesure la plus difficile a été prise jeudi 9 novembre ; la circulation des voitures sera alternée à compter du lundi 13 novembre et jusqu’au 17 novembre. C'est la troisième fois que la capitale met en place ce système restrictif mais jamais dans un délai aussi court. Il a été bien accueilli dans le passé et a permis de réduire considérablement la pollution tout en incitant les habitants à emprunter les transports en commun, gratuit en raison de la pollution. 500 autobus vont devoir être loués pour augmenter la capacité de transport.


La pollution commence à se dissiper depuis vendredi 10 novembre, grâce à la levée du vent du nord-ouest. Mais ce sont ces mêmes vents qui vont transporter de nouvelles substances toxiques vers la capitale indienne comme les fumées des feux agricoles, allumés en cette fin de moisson pour brûler les résidus. Cela sera donc encore un très long et dangereux hiver pour la population de New Delhi…


Sources :

Liberation

Le Figaro

La Croix